La Colline des Pèlerins
Dark fantasy / suspense — 生词用 粗体 标出,文末有对照表
Le brouillard montait comme une respiration. Inès s’arrêta au pied de la colline, le dos plié sous un sinistre fardeau : un grand drap noué, lourd et froid, qu’elle portait depuis l’aube.
Dans le drap, il y avait Noé, son petit frère. Du moins, c’est ce qu’elle croyait.
Elle n’avait plus rien. Démunie, angoissée, elle avait voulu mobiliser tout le village, mais le village avait un consensus : personne ne monte là-haut. Seul le vieux Hamid, une sorte de médiateur entre les vivants et la montagne, avait accepté de l’écouter.
— Tu cherches la résurrection, dit-il. Beaucoup l’ont cherchée. Ce pèlerinage, personne n’en revient. Hélas, la légende est vraie. Il fit une boutade pour sourire, mais ses mains tremblaient. Faites demi-tour si vous tenez à la vie.
— Le prix m’importe peu, répondit Inès.
Il soupira, déplora son entêtement, puis lui montra une route latérale, à peine visible entre les ronces.
— La route principale est gardée. Par là, apparemment, personne ne t’a jamais repérée. Mais ne t’arrête pas. Sur la pierre, il est écrit : Si tu hésites, tu perds.
Inès monta avec la furtivité d’un chat. Le vent poussait une mélodie paisible et chaude, un petit air que Noé chantait toujours le soir. Elle pleurait en marchant. Ses larmes débordaient, mais elle n’avançait pas moins.
Plus haut, le silence devint préoccupant. Plus un oiseau. Plus un bruit. Puis, entre les arbres, elle vit des torches qui crachaient du feu dans le brouillard.
Des silhouettes en capuche marchaient en cercle autour d’un autel de pierre. Leurs yeux étaient vides : elles étaient hypnotisées, prises dans un envoûtement ancien. Quand elles virent Inès, elles se mirent à hurler d’une voix lamentable :
— Mourez ! Sale traître !
Elles ne la regardaient pas, elle. Elles regardaient derrière elle.
Inès se retourna. Un petit garçon, pieds nus, se tenait au milieu du chemin. Il avait les cheveux mouillés et un sourire timide.
— Noé ? souffla-t-elle.
— Ne fais pas cette tête, dit-il. Je t’ai attendue.
Elle voulut courir vers lui, mais ses jambes ne répondaient plus. Le froid l’avait saisie, comme si une main glacée lui serrait le cœur. J’ai beau faire, je n’y arrive pas, pensa-t-elle, à la fois soulagée et terrifiée.
— Pourquoi crient-ils, Noé ?
— Parce que j’ai renié le maître de cette colline. Il prend le sang des pèlerins pour revivre. Moi, au fond de la grotte, j’ai veillé jusqu’à l’aube chaque nuit pour t’empêcher de monter. Au péril de ma vie, je t’ai envoyé Hamid avec son avertissement. Mais tu es têtue.
Inès regarda le drap sur son dos. Elle n’avait jamais osé l’ouvrir. Elle le défit de fond en comble, les doigts raides.
Le drap était vide, sauf un visage. Son visage. Pâle. Les yeux fermés.
— Tu es tombée sur la route latérale, dit Noé doucement. Il y a trois jours. Tu n’as pas porté mon corps, Inès. Tu as porté le tien. C’était ta stagnation : ni vivante, ni morte, bloquée entre deux mondes.
Les pèlerins hypnotisés se jetèrent en avant. Noé posa son petit poignet contre la main d’Inès et dit d’une voix claire, calme, sans peur :
— Prends mon sang et revis.
— Non ! Je suis venue pour toi !
— D’autant que je suis déjà mort, grande sœur. Je ne peux pas revenir. Mais je peux t’offrir ce que le maître voulait me prendre. Si tu hésites, tu perds.
Elle n’hésita pas. Une chaleur éclatante lui traversa le corps. Dans le brouillard, l’affrontement dura une seconde : les torches s’éteignirent, les capuches tombèrent, et le cri des pèlerins devint un souffle, puis rien.
Quand elle rouvrit les yeux, le soleil se levait. Elle respirait. Elle était seule, et sa main était tiède.
Au loin, elle entendit encore la mélodie paisible, de plus en plus faible.
Elle repartit vers le village, lentement. Au pied de la colline, Hamid l’attendait, le visage gris.
— Alors ? demanda-t-il.
Inès baissa la tête.
— Il m’a donné sa vie. Et maintenant, dit-elle en serrant le drap vide contre elle, je ne recommencerai pas : je ne laisserai plus jamais personne payer pour moi.
Hamid ne répondit pas. Il regardait ses mains. Sur sa paume, très discret, un petit repère rouge brillait, la marque du maître de la colline.
Apparemment, quelqu’un d’autre avait déjà été choisi.
生词对照表
| 法语 | 中文 |
|---|---|
| colline | 山坡 |
| sinistre fardeau | 险恶的负担 |
| démuni | 一无所有的 |
| angoissé | 焦虑/痛苦的 |
| mobiliser | 动员 |
| consensus | 共识 |
| médiateur | 调解人 |
| résurrection | 复活 |
| pèlerinage | 朝圣 |
| hélas | 唉,可惜 |
| boutade | 玩笑话 |
| faites demi-tour si vous tenez à la vie | 如果你珍惜生命就转身 |
| Le prix m’importe peu | 价格对我来说不重要 |
| déplorer | 感到遗憾 |
| route latérale | 小路/侧路 |
| apparemment | 显然 |
| repérer / repère | 发现 / 标记 |
| si tu hésites, tu perds | 你犹豫就输了 |
| furtivité | 隐身,悄无声息 |
| mélodie paisible et chaude | 平静而温暖的旋律 |
| déborder | 溢出 |
| préoccupant | 令人担忧的 |
| cracher du feu | 喷火 |
| hypnotisé / envoûtement | 被催眠 / 着迷,魔咒 |
| lamentable | 可悲的 |
| Mourez ! Sale traître ! | 去死吧!肮脏的叛徒! |
| ne fais pas cette tête | 别露出那种表情 |
| saisi par | 被…攫住 |
| J’ai beau faire, je n’y arrive pas | 无论我怎么做都做不到 |
| à la fois | 既…又… |
| renier | 否认,背弃 |
| au fond de | 在…深处 |
| veiller jusqu’à l’aube | 熬夜到天亮 |
| au péril de ta vie | 冒着生命危险 |
| de fond en comble | 彻头彻尾,从头到尾 |
| stagnation | 停滞 |
| Prends mon sang et revis | 取走我的血,重获新生 |
| d’autant que | 尤其是因为 |
| affrontement | 对抗 |
| repartir | 再次出发 |
| je ne recommencerai pas | 我不会再这样做了 |